Le luxe émotionnel, Gilles Lipovetsky
“En 30 ans, le luxe et la consommation de ses produits ont pris en charge des désirs qui avaient été désertés par le politique ou la religion. Et je ne vois rien qui puisse remplacer ces aspirations-là.
[…] En 20 ans, il y a eu une grande démocratisation de la demande du luxe. C’est ce que j’ai analysé comme la société de l’hyperconsommation. Le fait que les gens n’achètent plus des biens, mais des marques. Avant, une paire de lunettes, c’était une prothèse. Aujourd’hui, c’est de la mode. Cette culture du luxe et de la marque est aujourd’hui partout.
[…] Avant, quand il y avait une histoire sociale à raconter, c’était le groupe social qui la racontait. Ainsi s’habillait-on en fonction de son rang. On disait: «ça ne se fait pas». En 2009, on dit: «ça ne ME va pas»! Du moment que c’est la logique culturelle et non statutaire qui l’emporte, les objets racontent l’histoire de leur propriétaire.”
Entretien avec Gilles Lipovetsky dans le Temps (2 novembre 2009) sur le luxe émotionnel.