Nietzsche - Gai savoir - § 383 “Chanter avec les grillons”
F. Nietzche, Le Gai savoir, Cinquième Livre, Nous, sans peur - § 383
(traduction de Patrick Wotling, in F. Nietzsche, Oeuvres complètes, Flammarion Mille et une pages, p. 307)
Epilogue
Mais tandis qu’en conclusion je peins très très lentement ce sombre point d’interrogation et me dispose encore à rappeler à mes lecteurs les vertus du bien-lire - oh, quelles vertus oubliées et inconnues ! - , voici que se fait entendre autour de moi le rire le plus malicieux, le plus enjoué, le plus farfadesque : les esprits de mon livre eux-mêmes s’en prennent soudain à moi, me tirent les oreilles me rappellent à l’ordre. « Nous n’en pouvons plus - me crient-ils -; assez, assez de cette musique noir corbeau. Le clair matin ne s’étend-il pas autour de nous ? Ainsi qu’un valon et un pré vert et tendre, le royaume de la danse? Y eut-il jamais une meilleure heure pour être gai ? Qui nous chantera un chant, un chant du matin, assez ensoleillé, assez léger, assez aîlé pour ne pas effaroucher les grillons, - pour inviter bien plutôt les grillons à chanter et danser avec nous ? *
“4. Nous affirmons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace.”