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Feb 26 2010

Nietzsche - Gai savoir - § 383 “Chanter avec les grillons”

F. Nietzche, Le Gai savoir, Cinquième Livre, Nous, sans peur - § 383

(traduction de Patrick Wotling, in F. Nietzsche, Oeuvres complètes, Flammarion Mille et une pages, p. 307)

Epilogue

Mais tandis qu’en conclusion je peins très très lentement ce sombre point d’interrogation et me dispose encore à rappeler à mes lecteurs les vertus du bien-lire - oh, quelles vertus oubliées et inconnues ! - , voici que se fait entendre autour de moi le rire le plus malicieux, le plus enjoué, le plus farfadesque : les esprits de mon livre eux-mêmes s’en prennent soudain à moi, me tirent les oreilles me rappellent à l’ordre. « Nous n’en pouvons plus - me crient-ils -; assez, assez de cette musique noir corbeau. Le clair matin ne s’étend-il pas autour de nous ? Ainsi qu’un valon et un pré vert et tendre, le royaume de la danse? Y eut-il jamais une meilleure heure pour être gai ? Qui nous chantera un chant, un chant du matin, assez ensoleillé, assez léger, assez aîlé pour ne pas effaroucher les grillons, - pour inviter bien plutôt les grillons à chanter et danser avec nous ?

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Jan 29 2010

Berlioz : les grotesques de la musique

” L’art musical est sans contredit celui de tous les arts qui fait naître les passions les plus étranges, les ambitions les plus saugrenues, je dirai même les monomanies les plus caractérisées. Parmi les malades enfermés dans les maisons de santé, ceux qui se croient Neptune ou Jupiter sont aisément reconnus pour monomanes ; mais il en est d’autres, jouissant d’une entière liberté, dont les parents n’ont jamais songé à recourir pour eux aux soins de la science phénologique, et dont la folie est pourtant évidente […]

C’est convenu, chacun a le droit de parler et d’écrire sur la musique ; c’est un art banal et fait pour tout le monde ; la phrase est consacrée. Pourtant, entre nous, cet aphorisme pourrait bien être l’expression d’un préjugé. Si l’art musical est à la fois un art et une science ; si, pour le posséder à fond, il faut des études complexes et assez longues ; si, pour ressentir les émotions qu’il procure, il faut avoir l’esprit cultivé et le sens de l’ouïe exercé ; si, pour juger de la valeur des oeuvres musicales, il faut posséder en outre une mémoire meublée, afin de pour établir des comparaisons, connaître enfin beaucoup de choses qu’on ignore nécessairement quand on ne les a pas apprises ; il est bien évident que les gens s’attribuent le droit de divaguer à propos de musique sans la savoir, et qui se garderaient pourtant d’émettre leur opinion sur l’architecture, sur la statuaire, ou tout autre art à eux étranger, sont dans le cas de monomanie. Ils se croient musiciens, comme les autres monomanes dont je parlais tout à l’heure se croient Neptune ou Jupiter. Il n’y a pas la moindre différence.”

Hector BERLIOZ, Les grotesques de la musique, Chap.1

Nov 02 2009

Le luxe émotionnel, Gilles Lipovetsky

“En 30 ans, le luxe et la consommation de ses produits ont pris en charge des désirs qui avaient été désertés par le politique ou la religion. Et je ne vois rien qui puisse remplacer ces aspirations-là.

[…] En 20 ans, il y a eu une grande démocratisation de la demande du luxe. C’est ce que j’ai analysé comme la société de l’hyperconsommation. Le fait que les gens n’achètent plus des biens, mais des marques. Avant, une paire de lunettes, c’était une prothèse. Aujourd’hui, c’est de la mode. Cette culture du luxe et de la marque est aujourd’hui partout.

[…] Avant, quand il y avait une histoire sociale à raconter, c’était le groupe social qui la racontait. Ainsi s’habillait-on en fonction de son rang. On disait: «ça ne se fait pas». En 2009, on dit: «ça ne ME va pas»! Du moment que c’est la logique culturelle et non statutaire qui l’emporte, les objets racontent l’histoire de leur propriétaire.

Entretien avec Gilles Lipovetsky dans le Temps (2 novembre 2009) sur le luxe émotionnel.

Oct 27 2009

Nietzsche, la musique qui intercède

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre deuxième, § 106

La musique qui intercède.

« Je suis avide de trouver un maître dans l’art des sons, dit un novateur à son disciple, un maître qui apprendrait chez moi les idées et qui les traduirait dorénavant dans son langage : c’est ainsi que j’arriverais mieux à l’oreille et au cœur des hommes. Avec les sons on parvient à séduire les hommes et à leur faire accepter toutes les erreurs et toutes les vérités : qui donc serait capable de réfuter un son? »

Source : Wikisource, Le Gai Savoir.

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Oct 03 2009

Voltaire, Dictionnaire philosophique, Article Beau (1764)

“Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. […]

Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias.”

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Aug 27 2009
La radio a fait de la 5ème Symphonie une œuvre facile à siffloter.” T.W. Adorno

Georges Friedmann, Culture pour les millions ?

Synthèse des positions sur la culture, entre les pessimistes (Arendt) et les optimistes (Hazard, Stanton)

Jun 03 2009

Révision des classiques : Vitesse et futurisme

“4. Nous affirmons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace.”

Premier Manifeste du futurisme, 1909

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Nov 28 2008

Cioran et la musique : quelques citations

Syllogismes de l’armertume (1952), Sur la musique

  • A quoi bon fréquenter Platon quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
  • Point de musique véritable qui ne nous fasse palper le temps.
  • L’univers sonore : onomatopée de l’indicible, énigme déployée, infini perçu, et insaisissable… Lorsqu’on vient d’en éprouver la séduction, on ne forme plus que le projet de se faire embaumer dans un soupir.
  • Peut-être ai-je trop misé sur la musique, peut-être n’ai-je pas pris toutes mes précautions contre les acrobaties du sublime, contre le charlatanisme de l’ineffable…

Cioran

(Cioran en pleine agitation, prêt à écailler, à l’aide d’un aphorisme provocateur, quelques résidus d’illusions.)

Dec 30 2007

Les locomotives, prescripteurs

“La rumeur a été à l’origine superstitieuse, naïve, auto-intoxiquée. Mais, plus récemment, la surveillance a commencé à mettre en place dans la population des gens susceptibles de lancer, au premier signal, les rumeurs qui pourront lui convenir.

Ici, on s’est décidé à appliquer dans la pratique les observations d’une théorie formulée il y a près de trente ans, et dont l’origine se trouvait dans la sociologie américaine de la publicité : la théorie des individus qu’on a pu appeler des « locomotives », c’est-à-dire que d’autres dans leur entourage vont être portés à suivre et imiter ; mais en passant cette fois du spontané à l’exercé.”

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle (1988)

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